Source DNA du 28/05/2026
Somnolence, ravitaillements... Comment Sylvie Maison prépare le mythique Paris - Alsace à la marche
À l’occasion de son centenaire, Paris - Alsace, l’épreuve mythique de marche Grand Fond, revient à son format d’origine, 506 km d’une traite, de lundi à samedi prochains. Une possible apothéose pour la Lipsheimoise Sylvie Maison, 53 ans, six victoires d’affilée depuis 2019. Sylvie Maison, mais aussi toute une équipe qui lui est entièrement dévouée.
Un rituel autant qu’une nécessité. Tous les ans, un mois avant le départ du Paris - Alsace à la marche, Sylvie Maison réunit en sa demeure celles et ceux qui seront aux petits soins pour elle entre la capitale du pays et Colmar, celle des vins d’Alsace.
Encore que, l’inverse est vrai aussi. L’athlète de l’Ill Bruche Athlétisme Lingolsheim a beau s’apprêter à souffrir pendant 85 heures (selon une estimation à 6 km/h pour l’équivalent de douze marathons), elle se soucie avant tout du bien-être des siens. C’est un comble et résume le personnage, tourné vers les autres jusqu’à l’empathie.
D’ailleurs, en cette fin d’après-midi, tout le monde se réjouit déjà pour les bouchées à la reine, faites Maison bien sûr. Pour les mériter, tout le monde s’est installé autour de la table du salon pour écouter la bonne parole. Celle d’Alain Spira.
« Vivre une aventure humaine de l’intérieur »
L’ex-président de la CSO, commission sportive d’organisation de la Fédération française d’athlétisme, a rejoint les troupes l’an passé, à 78 ans. Pour mettre les choses à plat puis en ordre, et vulgariser le tout pour le rendre accessible, y’a pas mieux.
Passant au peigne fin les 506 km à venir, son PowerPoint défile sur l’écran plat de la maison, agrémenté des consignes qui permettent surtout à Fabrice Schneider, 52 ans, d’entrer dans la danse. Le Brumathois a mordu à l’hameçon après avoir accompagné Sylvie Maison l’an passé au cours de la dernière étape, entre Plainfaing et Colmar.
Comme Christophe Ott, 59 ans, agent d’entretien, il prend sur ses congés pour être de l’aventure. Car oui, telle est leur principale motivation : « vivre une aventure humaine de l’intérieur ».
Y prendre une part active surtout, les rôles étant parfaitement définis. Deux équipes, composées chacune de deux chauffeurs et deux marcheurs/ravitailleurs se relayeront à bord d’un camping-car.
« Par tranches de six à huit heures, insiste Alain Spira – qui partage le volant avec Régis Thibault, LE défenseur de la marche alsacienne, indéfectible à bientôt 79 ans –, soit des phases de trois à quatre heures maximum par chauffeur. »
Alain Burger, collectionneur et passionné de Paris - Alsace, et Bruno Cayre, fidèle Francilien et marcheur de 77 ans, constituent l’autre duo. Tous savent qu’à 6 ou 7 km/h, sous le cagnard ou en pleine nuit, la somnolence guette.
Des ravitaillements bien huilés
Toujours en alerte, les ravitailleurs n’auront pas ce souci. « S’il fait chaud, je bois toutes les dix minutes, note Sylvie Maison. Et je mange un tiers de banane toutes les 30, voire 20 minutes. Si bien que ça leur en fait des descentes du camping-car pour me rejoindre. Ils seront bien fatigués aussi. »
Et voilà que ça la reprend. Louer les efforts des autres, comme si les siens étaient accessoires. Bon, contrairement à d’autres participants, elle les sollicite moins pour marcher à ses côtés, lui changer les idées voire lui remonter le moral. « Je préfère avancer seule, sauf quand ça ne va vraiment pas. L’an dernier, ça avait été assez dur. »
Fabrice Schneider et Christophe Ott, mais aussi la Vosgienne Claudine Anxionnat, précieuse car plusieurs participations à son actif et toujours compétitive à 75 ans, et Alain Schoettel, 64 ans, l’ex des Cheminots Strasbourg, se tiennent prêts, s’entraînant eux aussi en conséquence.
Des deux équipes, celle qui fait relâche peut se reposer en rejoignant en voiture les lieux prévus à cet effet. Il lui arrive aussi de refaire les stocks, même si Geneviève Thibault, femme de, s’en charge également, en support du dispositif.
Pour se donner une idée, au départ, la douche du camping-car est remplie de haut en bas de packs de bouteilles d’eau !
« Sylvie avait perdu la 7e compagnie »
Le breefing à M-1 permet aussi de redonner vie aux anecdotes, dans de grands éclats de rire. Dont la plus récente. « L’an dernier, de nuit, on a dû laisser Sylvie sur 400 m car les véhicules ne passaient pas, raconte Alain Spira. Au panneau indiquant la fin de la déviation, elle n’était pas là. On a attendu, on est reparti en sens inverse. Mais elle était allée plus vite que ce qu’on pensait, elle était à l’avant et s’est du coup retrouvée seule pendant 5 km. La frayeur ! »
« Sylvie avait perdu la 7e compagnie, en rigole aujourd’hui Régis Thibault, alors au volant. On n’était pas fiers. » « Moi, ça m’avait amusée », assure l’intéressée qui, en 13 participations depuis 2005, en a vu d’autres.
La prof de SVT à Villé est prête, y compris pour se coltiner la petite centaine de kilomètres en plus lors de ce centenaire. « Ce qui change, c’est la gestion des nuits. Après deux nuits blanches, on est dans un état particulier, on flotte un peu, mais on arrive à se reprendre. On verra comment ça se passera avec trois nuits blanches. » En cas de coup de mou, sa garde rapprochée saura la revigorer, sur la route du Sept d’or espéré.
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